Sauver les lois environnementales du Canada
Sauver les lois environnementales du Canada
Le gouvernement conservateur est bel
et bien déterminé à vider la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale
(LCEE) de toute sa substance. La LCEE est probablement la plus importante
loi environnementale du Canada, puisqu’elle fait souvent en sorte
que les études d’impact environnemental soient préparées et examinées
dans le cadre d’audiences publiques, avant le début d’un projet,
comme pour les projets d'exploitation des sables bitumineux et la construction
de pipelines d’hydrocarbures et de centrales nucléaires. La loi s’est
continuellement améliorée au cours des vingt dernières années, que
ce soit par le biais de jugements rendus par des tribunaux ou par des
modifications apportées par les gouvernements successifs. Elle joue
un rôle majeur dans la protection de l’environnement et constitue
l’un des principaux mécanismes qui permettent de prévenir un désastre
écologique.
Bien entendu, l’industrie rechigne
à investir temps et argent pour examiner soigneusement les conséquences
éventuelles d’un projet. Les grandes sociétés déplorent principalement
les délais et les coûts engendrés par ces études, même si ces délais
et ces coûts sont souvent attribuables à ces mêmes sociétés, qui
tentent par tous les moyens d’aller au plus vite et de se soustraire
à l’examen du public.
Dans les années 1990, les gouvernements
fédéral et provinciaux ont signé une entente pour harmoniser
leurs lois et collaborer dans le domaine des études d’impact sur
l’environnement dans le but d’alléger le processus pour l’industrie
et ainsi lui permettre d’économiser temps et argent. Mais certaines
sociétés, dont Exxon (la plus grande société pétrolière au monde),
trouvaient cela insuffisant. Le public accorde une grande importance
à la protection de l’environnement, et ce, en dépit de l’incertitude
économique. Par conséquent, le gouvernement a ourdi une stratégie
pour faire avaliser en secret des modifications dans le domaine de la
protection de l’environnement en camouflant sa politique entre les
lignes du budget. Ainsi, la protection de l’environnement devenait
une question électorale. Les partis de l’opposition n'avaient d'autre
choix que de forcer le déclenchement d'élections pour empêcher le
gouvernement de mettre en œuvre ces changements.
L’an dernier, la loi d’exécution
du budget apportait des amendements à la LCEE ainsi qu’à la Loi
sur la protection des eaux navigables, éliminant du même coup des
milliers d’évaluations environnementales. Le mois dernier, le gouvernement
a déposé le projet de loi C-9 (Loi portant exécution de certaines
dispositions du budget). Le projet de loi comporte des centaines d’éléments
et de mesures disparates qui permettront de réduire davantage la portée
de la Loi
canadienne sur l’évaluation environnementale.
Le gouvernement propose de déposer un
nouveau projet de loi au printemps 2010 pour accorder au ministre de
l’Environnement le pouvoir discrétionnaire de déterminer quels projets
relevant d’une quelconque décision fédérale devraient faire l’objet
d’une évaluation environnementale.
Dans l’ensemble, ces changements minent
sérieusement les progrès réalisés dans le domaine des évaluations
environnementales au cours des trente dernières années.
Le Sierra Club du Canada et Ecojustice demandent aux partis de l’opposition de s’engager publiquement à renverser dans les plus brefs délais les changements aux lois sur les évaluations environnementales prescrits par le projet de loi C-9.

